HLD : « Ma musique, c’est de la science »

  • Propos recueillis par Cédric Rossi
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Après 2 ans d’absence, HLD (anciennement H La Drogue), est revenu avec « DROGUE 2 » et sera sur la scène du Trabendo, à Paris, le 15 avril. Au détour d’une conversation à Clamart, la ville qui a forgé son exigence technique, le rappeur se confie à « Mosaïque » dans une interview rare et exclusive.

H, tu as été en retrait pendant un long moment, avant d’avoir signé ton retour avec DROGUE 2 le 4 décembre dernier. Comment as-tu vécu la sortie ?

Je me sens super bien. Je suis grave fier de moi ! C'est un projet sur lequel j'ai travaillé en me démenant. En vrai, un poids s'est libéré de mes épaules.

Tu prends ton temps entre chaque sortie. Pourquoi un tel rapport à la qualité à un moment où la tendance est au flux continu ?

On a bossé le projet depuis un an comme des acharnés. J'aime bien me perfectionner. J'essaye de me renouveler, d’être le meilleur et de me creuser la tête. La musique, c'est surtout de la science. Et je suis un scientifique ! Je n’aime pas faire des trucs à l'arrache. C'est mon état d'esprit. Le rap, ce n’est pas que des rimes.

C’est-à-dire ?

Ce n’est pas que des rimes ! Il faut être vrai. Dès que ça parle à des humains qui vivent les mêmes choses que toi, il faut être exigeant, surtout chez moi. Et parce que tout le monde ne va pas comprendre, je dois aussi réinterpréter.

HLD debout, pris en contre plongée, les mains jointes

© @antonicadillat

Cette exigence est-elle plus poussée à Clamart ?

À Clamart, il y a des sacrées pépites. SDM, PLK, 1PLIKÉ140...  Des mecs qui ont une plume hors norme. Quand je les regarde, ça me forge une volonté et je me dis que je peux être du même ordre qu’eux. Ils ont mis un level un peu trop haut aussi ! Ce sont des ovnis dans le rap. En tout cas, cela pousse à une vraie rigueur.

Ta série de freestyle « Seklenland », entre 2021 et 2022, était déjà le reflet de cet état d’esprit. Est-ce que tu te rends compte de l’impact que ces morceaux ont eu sur les gens ?

Au début, pas du tout, parce que j’étais dans la calle. Je vaquais à mes occupations et je ne calculais pas trop les chiffres et l’estime des gens. Je prenais ça à la légère. Mais au fur et à mesure du temps, et à force qu'on me répète : « Celui-là, c'est un classique », j’ai réalisé que j'ai vraiment impacté une bonne partie de la population. Petit à petit, j’ai appris à prendre confiance en ma musique et en mon potentiel.

Sur DROGUE 2, on retrouve « SEKLENLAND, P.10 ». Pourquoi avoir fait un clin d’œil à cette époque ?

Ça faisait un moment que je n’avais pas sorti de son et je me suis dit : « Là, si je dois revenir, il faut que je redouble d'efforts. » Le son, franchement, c'est une balle.

HLD debout, avec un immeuble en fond

© @antonicadillat

On y retrouve 1PLIKÉ140 en featuring. Quelle est la nature de votre relation ?

1PLIKÉ, c'est comme mon frère. Au studio, il y a une vraie alchimie entre nous. On se comprend quand on rappe. Demain, on peut faire une session et coffrer au moins cinq ou six morceaux. Normal. J’étais obligé de le ramener sur le dixième « SEKLENLAND », c'est symbolique.

Avec le recul, est-ce que tu estimes que vous avez été, en quelque sorte, les pionniers de la drill en France ?

Quand j’ai ramené la drill, ce n’était pas par effet de mode. Je ne sais pas si j’ai été précurseur, mais dès que j'ai envoyé, j'ai vu tout le monde envoyer aussi. Il y a une époque où tout le monde posait sur de la drill. Même si certains faisaient ça avant moi, les nouveaux se sont forcément un peu inspirés. J’aime pouvoir être une référence pour eux.

Qu'est-ce qui t'inspire dans cette musique-là ?

La sonorité avant tout. Moi, j'étais davantage branché sur la drill anglaise. À l'époque de OFB ou de Russ Millions. Je me suis dit : « Si je prends ça, je vais tout tuer. » Ça m'a parlé directement. Pour ce qui est de la drill new-yorkaise, c’est venu après. J'écoutais Sheff G et Pop Smoke – paix à son âme – qui m'avaient bien impacté. Mais ça, je l'ai suivi bien après, j'étais plus branché sur la drill anglaise. Originellement, ça vient de chez eux.

HLD les mains jointes

© @antonicadillat

Même si la drill est ta base, il y a un côté franco-français dans ta manière de rapper dessus qui n’a rien à voir avec les Anglais ou les Américains.

Je n'ai pas vraiment de référence ou d’inspiration. Je n'écoute pas trop de musique. Même avant de faire du rap, je faisais des prods et rien d’autre.

Tu faisais des prods ?

Je m'y étais un peu aventuré, mais je ne suis pas un gros beatmaker. Je n'ai pas vraiment pris ça au sérieux. J'étais en sixième ou en cinquième. Je n'étais pas un as mais c'est comme le sport, plus tu travailles, plus tu vas être bon.

Tu avais d’autres passions que la musique ?

Pas tant que ça. J'ai fait du football. Après, j'ai lâché les cours un peu vite, en première. Je n’étais pas si mal que ça à l’école, mais je ne me voyais pas rester là, posé devant un prof. Je préférais faire ma vie. J’étais un peu foufou quand j'étais jeune.

Tu dis que tu n’écoutes pas trop de musique, mais alors qu’est-ce qui t'a poussé à en produire et à en interpréter ?

J’ai commencé quand j'avais quatorze ou quinze ans. Je faisais des sons, mais je ne les sortais jamais. Je pense que je n’étais pas assez mature pour faire du rap à cet âge-là. Je me suis dit : « Je vais laisser un peu de temps pour me perfectionner. » À ma majorité, je me suis lancé. C’était le bon moment.

HLD dos à un lampadaire, dans une rue

© @antonicadillat

Est-ce qu’il y avait de la musique chez toi quand tu étais plus jeune ?

Plus du côté de mon père. Paix à son âme. Il aimait la musique, il suivait ce que je faisais, et c'est même lui qui m'a poussé. Il était trop fier. Lui, il écoutait Kery James et Booba. Il mettait aussi des trucs un peu afro-disco. C'était ça qui marchait quand on était jeunes. On n’est pas Congolais, mais on a grandi autour de ces musiques-là. Toute famille africaine écoute de la musique congolaise.

Dans ta famille, personne n’a été réticent au fait que tu fasses de la musique ?

Au début, ma mère était contre. Carrément, je lui ai caché le truc. Elle m'a cramé à cause d'une tante à moi. Quand ça a commencé à péter, tu connais, les daronnes se sont branchées sur WhatsApp. Mon père, lui, c’était sa passion. Alors il me laissait faire, je pouvais exercer mon style.

Nous, on t’a découvert avec le « Seklenland, Pt.1 ». Est-ce vraiment ton premier morceau ?

J'avais déjà sorti une série de cinq freestyles sur Instagram avant. Au bout du troisième, j'ai vu que ça tournait un peu dans toutes les cités de France. Alors, j’ai sorti « Seklenland, Pt.1 ». Et celui-là, il a marqué un peu toutes... Non, pas toutes les générations. Je ne vais pas dire ça.

Honnêtement, tu peux le dire.

Bon, ouais, ça a marqué toute une génération. Mais je n'ai pas lâché. J'ai envoyé ma première mixtape Beretta en 2022, après le cinquième épisode.

HLD de profil dos à un mur de brique

© @antonicadillat

Ça a changé quelque chose pour toi d'être exposé assez tôt ?

Un petit truc : le fait que, quand je sors de ma ville, on me demande des photos et des autographes. Les gens buggent quand ils me voient, ils croient que je suis un extraterrestre !

Comment tu gères ça ?

Ça m'a rendu trop fier, je me suis dit que je ne bossais pas pour rien. C'est une grande fierté pour moi. Les gens savent ce que je fais. Ça ne me rapporte que du bonheur.

À propos de ton rapport au public, tu es plus introspectif sur DROGUE 2, dans « SOLO », « INTERLUDE » ou « PAR TERRE ». C’était le moment de l’être ?

Obligé. Je sais que ma musique est cruelle, c'est mon style. Et même si je rappe pour les personnes un peu comme moi, il faut que je m'ouvre à mon public. Ils veulent savoir ce qu'il y a dans ma vie. J’ai réussi à le faire dans « PAR TERRE », produit par Futtry. C’est un mélange mi-club mélancolique. Le son est magnifique.

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