Take Care - Drake - 2011
Quand j’ai découvert Take Care, j’étais avec mes cousins chez mes grands-parents dans le 94. J’ai tapé un nom au hasard sur YouTube, et ça a sorti le morceau « Headlines ». J’ai cliqué dessus, puis j’ai écouté l’album et j’ai pété ma tête. En 2011, j’étais au collège et Drake est devenu mon artiste préféré. Chaque fois que j’écoute Take Care, il me rappelle cette période. C’est un projet qui est encore dans mon top albums tous les ans. Je ne me lasse pas de sa richesse musicale. Si j’ai besoin d’un titre qui me fait bouger, je lance « Under Ground Kings ». Si j’ai besoin d’être un peu plus au calme, j’écoute « Marvins Room », mon morceau préféré. Dès que les accords débutent, je suis bouleversé. J’ai eu les larmes aux yeux en l’entendant en live à Bercy en septembre. Je n’avais jamais ressenti une émotion aussi forte en concert, alors que ce n’était même pas moi qui chantais. Ce disque m’a montré qu’on pouvait être fragile dans sa musique, qu’on pouvait parler de ses déceptions amoureuses, de sa mère... Dans un milieu du rap extrêmement viriliste, il m’a ouvert le champ des possibles. Take Care est le meilleur album de tous les temps.

© Lamar Taylor & Hyghly Alleyne
Nero nemesis - Booba - 2015
J’ai découvert Booba au collège. Il faisait partie du trio de têtes d’affiche avec Rohff et La Fouine. Quand Nero nemesis est sorti, j’étais au lycée et j’ai tout de suite trouvé que c’était l’album parfait. Il n’y a pas un morceau en dessous de l’autre. À la première écoute, je me suis directement pris « 92i veyron », qui est un classique, un hymne que tout le monde chante. Si la phrase « Nouveau riche, ma Lamborghini a pris quelques dos-d’âne » avait été écrite par un philosophe, ça ne m’aurait pas surpris. C’est de la poésie des temps modernes. En 2015, Booba arrivait à être aussi frais et moderne que tous les rookies de l’époque alors qu’il avait déjà plus de quinze ans de carrière. Mon morceau préféré est « 4G », mais celui qui m’a le plus choqué est « Génération assassin ». J’aime également beaucoup « Validée » ; je suis un grand fan des hits, je ne fais pas le puriste.

© Sory Nyp & Discipline Studio
Le monde Chico - PNL - 2015
Tous mes projets préférés de rap français sont sortis en 2015. C’était l’époque où les artistes développaient une identité très française. Un vrai âge d’or avec Hamza, Jul, SCH, mais aussi PNL que j’ai découvert en écoutant une interview de Sneazzy, qui conseillait le morceau « J’comprends pas ». Ce groupe a été la plus grosse tarte artistique de ma vie, j’étais QLF à mort. Je suis complètement tombé dans leur univers. Je n’avais jamais vu de rebeus hyper-stocks avec des cheveux lisses. À la fin des clips, ils mettaient toujours trente secondes du prochain titre. Dans le clip de « Plus Tony que Sosa », il y avait un extrait de « Sur Paname ». J’ai dû écouter 500 fois juste la fin de la vidéo ! Donc j’attendais avec impatience la sortie du monde Chico. Selon moi, c’est leur meilleur projet. Écouter PNL m’a fait comprendre que l’air est important : ils font des pauses après une phrase pour nous laisser le temps de réfléchir et de saisir ce qu’ils viennent de dire. On a tendance à vouloir remplir ces vides, mais le silence vaut mieux que mille mots. Il y a des artistes auxquels tu dis juste : « Merci pour la leçon », et PNL en fait partie.

© QLF Records
H-24 - Hamza - 2015
J’ai toujours été un fanatique de rap, donc j’aimais digger. J’ai découvert Hamza sur OKLM avec le clip de « Respect ». Il n’y avait que 2 000 vues et Hamza avait une voix bizarre, il rappait différemment. Ensuite, j’ai regardé le clip de « Minimum ». Je ne comprenais rien, mais en même temps, j’étais addict à sa musique. J’ai fini par écouter tout le projet qui m’a traumatisé. Presque tous les potes à qui j’essayais de le faire écouter ont détesté. En 2016, je suis allé à son concert à La Bellevilloise. On était 200 personnes dans la salle à avoir compris H-24. C’est sûrement par nostalgie, mais je trouve que c’est le meilleur projet de Hamza. Je l’ai tellement écouté que quand ils l’ont retiré des plateformes puis remis avec un mix différent, ça m’a rendu fou. « Mi Amor » est mon morceau de rap français préféré, il traverse super-bien les époques. J’adorerais collaborer avec Hamza un jour pour faire un titre « rebeu-R&B » à la Timbaland avec des ambiances et consonances arabes.

© Unilab
El Mal Querer - ROSALÍA - 2018
C’est en écoutant cet album que je me suis rendu compte qu’on pouvait hybrider musique traditionnelle et musique moderne. Je l’avais déjà vu avant avec Rim’K sur « Tonton du bled » ou avec le Raï’N’B de Kore, mais j’étais petit. ROSALÍA mélange de la pop, du flamenco, de l’électro, du rap... Elle m’a donné envie d’intégrer des éléments de ma culture et de celle de mes parents dans mes morceaux. J’ai toujours su qu’elle deviendrait une star, mais je n’imaginais pas qu’elle traverserait le monde hispanophone. Quand elle a fait « Con Altura », un son reggaeton, j’étais sûr qu’elle allait exploser. La cover d’El Mal Querer m’a également marqué, je m’en souviens rien qu’en fermant les yeux. J’aime aussi ce projet parce qu’il est construit en chapitres. Je me rappelle davantage de leur numéro que de certains titres, un peu comme un livre.

© Filip Ćustić