DANITSA, HARDER, BETTER, FASTER, STRONGER

  • Propos recueillis par Chaïmaa Alioui
  • Photographié par w00dsfield
  • Date

Pendant ses trois ans d’absence, Danitsa n’a jamais cessé de tenter, d'expérimenter et d’apprendre musicalement. Car difficile de s’émanciper des diktats de l’industrie, de la fast-food music et des trends. Et ce, malgré les prix et les succès remportés plus jeune (deux Swiss Music Awards). Alors, celle qui n’a jamais quitté le studio, son premier amour, « sui[t] son cœur » et rêve de guérir celui de son public avec un nouvel album remède, aussi vulnérable que rempli d’espoir.

Danitsa, tu as signé ton retour avec « Wrong Things » en mars dernier. Un morceau personnel sur ce que l’industrie musicale peut avoir d’anxiogène. Peux-tu nous en dire plus ?

Je me suis lancée dans la musique il y a 15 ans et je l’ai réalisée très récemment ! Après mes deux albums, je n’étais plus satisfaite de ma proposition. J'ai eu beaucoup de rendez-vous avec des labels, des managers, des A&R... Heureusement, j’ai toujours fait les bons choix. Mais, pendant trois ans, j’ai aussi eu des rendez-vous avec des escrocs qui voulaient changer mon essence musicale [rires]. J'en ai donc fait une chanson !

La chanteuse Danitsa pour Salomon

© w00dsfield

Sur ce morceau, tu as choisi une direction artistique très maximaliste, bien à l'opposé du thème introspectif que tu évoques. Pourquoi ?

Quand j'enregistrais ce titre, je vivais un épisode douloureux. Avec du recul, « Wrong Things » a été ma première thérapie. Aujourd’hui, je suis très heureuse dans ma vie. Alors, on voulait surtout s'amuser avec ma sœur, Lhiya, qui est aussi ma directrice artistique. J'apprécie les couleurs vives et elle adore l'univers de Michel Gondry. J'ai souvent tendance à écrire des chansons tristes, mais je laisse toujours de l’espoir. Le clip me permet de faire passer aussi un message optimiste.

La chanteuse Danitsa pour Salomon habillée en rose

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Tu parles de « inner voice » dans ton single. Que dirait ta voix intérieure vis-à-vis de ce que l’avenir te réserve ?

Ma voix intérieure me pousse à ne pas me prendre la tête sur des expériences qui doivent et méritent d’être vécues. Je suis une personne très angoissée, et la musique me sauve. Pendant une situation stressante, ma petite voix me dit toujours : « Ferme les yeux. Dans deux secondes, c'est terminé ». Mon rapport au temps a changé maintenant ! 

La chanteuse Danitsa pour Salomon avec des éléments graphiques

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L'amour est un thème récurrent chez toi, comme sur « Miss Yo » ou sur ton album SYCLE. Pourquoi ?

Dans ma famille, on a été bercé par l’amour. Pendant les vacances, on passait un mois complet chez mes grands-parents. Je me suis mise à écrire à l’âge de 10 ans, car je m’ennuyais et je ne pouvais pas aller sur MSN [rires]. Je lisais des romans, je remplissais mon journal intime et j'écrivais des lettres à mon amoureux de l'époque. J’ai créé tout un univers dans ma tête. Mais l’amour peut aussi prendre la forme d’une histoire amicale. Toutes les formes de relations humaines m'inspirent. J’ai chanté « Miss Yo » pour la première fois au Nantua Fest, où j’ai raconté l’histoire de la chanson, une rupture amoureuse. Le message a touché des hommes et des femmes dans le public. Ce morceau m'a soigné, mais s'il peut aider d'autres personnes, ce serait exceptionnel.

La chanteuse Danitsa pour Salomon tenant un micro

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Pendant ta pause, as-tu continué à créer musicalement ?

Je passais toutes mes journées au studio. J’ai été en résidence à Londres, à Paris et à Los Angeles. Pendant ces trois ans, j’ai décidé de ne pas sortir de musique tant que le résultat ne me plaisait pas. Je n’ai pas envie de donner raison à cette industrie qui impose de sortir rapidement des projets sinon « on t'oublie ». Je souhaite laisser une belle empreinte derrière moi. Je veux prendre le temps d’effectuer mes recherches et de commettre des erreurs.

La chanteuse Danitsa pour Salomon dans une robe jaune

© w00dsfield

En 2021, tu évoquais la sortie d'un troisième album. Est-ce un projet sur lequel tu t'es remise à travailler ?

On a dû faire une centaine de sons depuis. Je me suis vraiment appliquée et l’album se termine pas à pas. Cet été, je vais pouvoir envoyer des titres au mix et mastering. Je suis fière de tous mes projets, mais celui-là est spécial. Sans te mentir, j'ai aussi fait des flops ! Certains morceaux auraient marché le premier jour et auraient mal vieilli dès le lendemain [rires]. Je l’ai vécu comme un défi et je me suis beaucoup remise en question. Avec ce projet, mon but est d’apporter une nouvelle couleur et une autre vision du reggae. Sur « Wrong things », j’y fais des clins d'œil et je fusionne d’autres styles musicaux.

La chanteuse Danitsa pour Salomon sur un tabouret

© w00dsfield

Quelles valeurs veux-tu transmettre avec ta musique ?

Dans cet album qui arrive, je suis retournée à mon essence. J'ai puisé l’inspiration dans mon histoire, celle de la femme que je suis et celle des femmes qui m’entourent : ma sœur, ma tante, ma mère, mes proches… J’ai voulu mettre en avant la sororité, représenter ma multiculturalité, être vulnérable et résiliente. L’amour est aussi une valeur que je veux transmettre. Dans Harry Potter, c'est l'amour qui donne cette puissance à Harry [rires] !

La chanteuse Danitsa pour Salomon sur un fond noir

© w00dsfield

Quelle direction musicale aimerais-tu explorer à l'avenir ?

J’aspire à être un couteau suisse, sans limite. Aujourd’hui, je fais du reggae, du hip-hop, de la dub et de la soul. Je veux m'entourer des meilleurs artistes, musiciens, compositeurs et faire de la bonne musique, peu importe le style. J'ai envie de me perdre et de tenter plein de directions différentes.

La chanteuse Danitsa pour Salomon rose jaune et vert

© w00dsfield

Quelle vision as-tu de la musique aujourd’hui ? 

Les frontières n’existent plus. À l'époque, en tant qu’artiste francophone, les collaborations étaient limitées. Ce n’est plus le cas maintenant, car la musique voyage. Theodora a annoncé un feat avec Ayra Starr, Jewel Usain a été incroyable avec le rappeur japonais Acchi Mello… Tout est possible et la barrière de la langue a disparu. Dans ce sens, ROSALÍA a été la première à me donner de l’espoir. Sa musique touche les territoires hispanophones et ailleurs.

Les chaussures Salomon portée par Danitsa pour Mosaïque

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On te verra bientôt sur scène, samedi 4 juillet, sur la stage Salomon à Yardland. Qu’est-ce que cela représente pour toi ?  

On prépare une scène Danitsa & Friends avec (D)Juno et Carla Genus ! On a aussi booké P Nasty, le DJ de Slimka, avec qui on bosse souvent pour mon label Boukiks Records. On joue à 15 h 30, le soleil va taper et on va mettre le feu sur scène ! C'est cool de voir qu'une marque investit autant dans la culture, qu’elle reconnaisse les talents et qu'elle mette en avant des artistes prometteurs. J'aime la direction que Salomon prend et les relations qu'ils créent avec les artistes. Pour la Fête de la musique, ils se sont associés à la Sixtion et la programmation est incroyable !

La chanteuse Danitsa pour Salomon avec des chaussures grises

© w00dsfield

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour les prochaines années ?

Garder cette mentalité et me faire kiffer avant tout ! J'ai des concerts prévus en 2026, puis une grosse tournée en 2027. J'espère garder ma passion, ma résilience et continuer à rencontrer de bonnes personnes.

 

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