Typhee : « Marseille est inscrite dans notre sang »

  • Propos recueillis par Chaïmaa Alioui
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Marseille peut s’endormir tranquille, Typhee l’aime et porte son emblème. C’est d’ailleurs à elle qu’il dédie ses premiers mots après sa victoire dans la saison 5 de « Nouvelle école ». À l’occasion de sa soirée de célébration, le rappeur nous donne rendez-vous en terre sainte le samedi 12 septembre, à la Friche Belle de Mai. Pour celui qui a entamé la musique en janvier 2025, ni la caméra braquée sur lui, ni le flux de notifications sur son téléphone, et encore moins l’obsession croissante du public ne semble l’étourdir. Amical et jovial, Typhee se livre avec lucidité sur son ascension à vitesse grand V et sa fierté de s’inscrire sur la scène rap marseillaise.

Comment vas-tu ?

Je suis trop content ! J’ai l’impression de fêter mon anniversaire. On a organisé une guinguette où l’on a convié plein de rappeurs marseillais. Je veux qu’ils soient tous respectés. Pour ça, je dois les présenter aux gens parce que peut-être qu’ils ne les connaissent pas. Et pour être parfaitement honnête, à l'instant T, il est 15 h 25 et je n'ai rien préparé du tout [rires] ! 

Comment as-tu commencé à rapper ? 

Je suis le cliché du mec issu de milieu populaire. Je jouais au foot et j'ai commencé à écrire quand j'étais au lycée à partir de 2017. Quand j'ai perdu la passion du ballon, la passion de la musique m'a récupéré. J'ai toujours couru après l'argent, je pensais qu’il allait faire mon bonheur. Entre 2021 et 2023, j'ai travaillé dans la restauration en Suisse. J’ai été formé, l’équipe était adorable avec moi. Peut-être que les Marseillais ont un truc… On est tout de suite apprécié ! Finalement, ça ne m'a pas plu du tout. Je suis devenu le plus riche de ma famille, mais je me sentais très mal. Je ne trouvais pas de sens à ma vie et j’ai fait une dépression. La seule passion qui me restait était la musique. Alors, je suis parti six mois à l'étranger et j'ai gambergé à mon plan. Je suis rentré dans mon quartier à Marseille en 2024 et je me suis lancé. 

Comment tu te formes au rap depuis ? 

Comme dans toutes les disciplines, tu te formes en pratiquant. Parfois, les jeunes artistes attendent d'être parfaits pour commencer et sortir des visuels. Au contraire, il faut aller faire de la scène et s’exercer. Comment peux-tu demander 300 ou 400 euros si tu n'as jamais fait de scène ou si tu es nul ? Les gens ne vont pas payer pour te voir. Dans Nouvelle école, on voit à travers les épisodes que je me sens mieux et que je progresse. Mais c’est aussi le cas dans ma vie. Sept mois après la fin du tournage, tu n’as plus le même mec en face de toi. 

Typhee en contre plongée devant une pyramide

©withtom

Tu te voyais arriver aussi loin dans la compétition ? 

Non, impossible. Lors de la première épreuve, tout le monde a été fort et je me souviens m’être dit que ça allait être compliqué. Cette victoire m’ouvre à un plus grand public et à des opportunités. Ma voix a une portée plus grande. Mais dans ma vie réelle, rien ne change. L’autre jour, j’étais dans le tramway et des petites ont été surprises de me reconnaître [rires]. J'habite au même endroit, je traîne avec les mêmes mecs. 

Comment as-tu vécu les échanges avec le jury ? 

Parfois, ils étaient un peu taquins, mais c'est normal. C’est aussi leur rôle. J'étais leur chouchou, ils n’ont pas été trop durs avec moi. 

Comment vis-tu ton ascension ? 

Je n’ai pas encore fini de monter [rires] ! Je la vis bien. Quand j'ai commencé en janvier 2025, c'était la vie que je désirais. Je commence à récolter quelques fruits, mais je continue de travailler pour en récupérer d'autres. J'annonce mon projet VEGA dans quelques jours et j'ai déjà commencé celui d'après. 

En juin 2026, le média Marseille Capitale Du Rap mentionnait l’importance de l’entourage pour toi. Comment a-t-il pu t’aider ces derniers mois ?

Pour faire du rap à Marseille, je pensais qu’il fallait montrer les crocs et être méfiant… Pas du tout ! À chaque rencontre avec un artiste ou demande de feat, on m'a toujours accueilli à bras ouverts. J’ai toujours été respecté. Des artistes ont accepté des feats avec moi alors que je n'avais même pas sorti de morceaux. Toutes ces personnes sont présentes sur scène pour fêter ma victoire à Nouvelle école. Je leur rends la force et l’amour qu'elles m'ont donné. 

Rappeur typhee habillé en blanc devant un mur abimé

©withtom

Tu penses à quelqu’un en particulier ? 

Je pense à Khara, une artiste marseillaise rencontrée fin 2024. On ne se connaissait pas et je lui ai demandé un feat. Pour moi, elle était une grande. Elle s'est produite plusieurs fois au festival Marsatac. On a fait le morceau puis elle m'a invité en juillet dernier lors de L'Été Marseillais devant 10 000 personnes. Ce soir-là, il y avait Rim’K et Hatik. C’était un cadeau inespéré. J'avais commencé la musique sept mois auparavant. Il y a des artistes marseillais qui ne joueront jamais sur le Vieux-Port ! 

Durant toute cette saison de Nouvelle école, tu parles fièrement de ta ville. Pourquoi ? 

Tous les rappeurs revendiquent d'où ils viennent. C'est un moyen mnémotechnique pour les connaître. Je sais que Ninho vient du 9-1 et Fianso du 9-3. Je n’y suis jamais allé mais je les y assimile. En tant que Marseillais, notre ville est inscrite dans le sang. On est obligé de le crier haut et fort. Et quand on gagne, on fait les marioles, mais c'est normal, on gagne tellement peu [rires] !

Comment décrirais-tu ta musique ? 

J'aspire à ce que ma musique raconte la vie d’un mec ou d’une meuf comme moi. Pour le Trou Story de Konbini, j'avais choisi « soleil, bitume, haine et gentillesse ». Je crois que c'est vraiment ça. J'aime les trucs crades, le rap sombre, le rap de caillera. Et j'aime aussi les chansons un peu plus ouvertes. Sur ça, mon modèle est Soprano : un mec des quartiers difficiles qui a fini à The Voice, trop fort !

Quel regard portes-tu sur la scène marseillaise ? 

C'est une scène hyper riche, mais malheureusement, on n'arrive pas à dépasser un certain plafond de verre. Les grosses têtes marseillaises restent les mêmes. Pourtant, il y a énormément d'artistes qui commencent à se faire connaître au-delà d’ici comme Metah, Misa et Clubb29. Avec l'exposition de Netflix, mon devoir est aussi de tirer ces gens sur la scène nationale. Si un mec de ma ville avait gagné, j'aurais aimé qu'il le fasse pour moi.

Typhee devant une pyramide de verre

©withtom

En 2025, tu sortais déjà ton premier projet, Estrellas, qui cumule 21 titres. Pour un jeune artiste et dans un contexte musical où les longues tracklists sont rares, ce choix est surprenant. Pourquoi avoir sorti autant de morceaux ? 

Je considère Estrellas comme une compil, une sorte de grande playlist. L’année dernière, je sortais presque trois singles par mois. Avec mes équipes, on a décidé de les regrouper pour que les gens puissent les écouter après Nouvelle école. On n’a pas cherché de cohérence entre les morceaux. J’en ai fait 200 CD et je suis allé les distribuer aux gens, comme les mixtapes collector à l'ancienne. J'espère qu'un jour ils coûteront un peu cher [rires]. Ensuite, j'ai sorti ma première mixtape T.Y en juillet 2026. 

Tu as un featuring avec Desouza sur cet EP. Raconte-nous comment il s’est fait.

Je considère Desouza comme le dernier boss de l'underground marseillais. Je l’ai invité et on a fait un petit hit : « P’tit Kawa » ! Marseille est une sorte de village où l’on peut faire des rencontres très vite. Avec Desouza, on a des entourages communs. Son manager est devenu mon ami. Ils ont tout de suite été chauds pour faire un morceau ensemble. 

« Les Garçons Bruns » est ton titre le plus personnel. On t’entend parler de ta famille, de tes origines espagnoles, de tes fréquentations. Comment ce morceau est arrivé ? 

J’ai tout enregistré phase par phase au micro. J’avais envie d’avoir un morceau à thème. « Les Garçons Bruns » est un titre qui peut parler à beaucoup de mecs, mais je fais référence à moi-même sur le refrain. Je parle de l’Espagne aussi, surtout que Rosaliedu38 a placé une guitare magnifique sur la prod. 

Sur tes covers et tes affiches de concert, un logo apparaît. A-t-il une signification particulière ? 

T’es la première à me poser la question ! C'est un smiley mais tout le monde galère à le voir. La croix représente l'œil gauche et l'espèce de tourbillon correspond à l'œil droit. En dessous, on a le sourire. Quand j'étais jeune, je regardais une série avec ma maman qui s'appelle Mentalist. Le méchant, John le Rouge, dessine à chaque fois un smiley sur les lieux du crime. Ça me parlait de fou d’avoir mon logo, de l’inscrire sur un drapeau ou sur des sappes. Le logo du 667, par exemple, m'a niqué la tête. Tu l’associes direct à leur équipe. C’est aussi un moyen de me démarquer. 

Quelle est la suite pour toi ? 

On annonce mon projet VEGA bientôt. Mes deux premières dates se sont sold-out cette semaine : l’Affranchi à Marseille et la Maroquinerie à Paris. Je vais aussi annoncer une belle tournée dans toute la France. 

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