Quand et comment as-tu commencé le rap ?
J’ai commencé à écrire quand j’avais 11 ans sur mon téléphone, mais c’était du rap de quelqu'un qui est en classe de 6ᵉ. Le rap est devenu sérieux vers mes 14 ans, j’avais vu 8 Miles à l’époque et ça m’avait bien matrixé. Pendant les vacances d’été entre la 4ᵉ et la 3ᵉ, j’ai posté un de mes freestyles sur Instagram et je me suis fait terminer dans le groupe de classe [rires]. Les gens m’encourageaient quand même à continuer.
Quelles sont tes influences musicales ?
Mon frère m’inspire, il est batteur et m’a transmis la musique comme un plaisir, une chose qui doit être naturelle. Il m’a toujours incité à sortir de ma zone de confort pour m’améliorer. Ma première grosse claque dans le rap, c’est un rappeur qui s’appelait Livaï, aujourd’hui il est connu sous le nom de l!l!. Je l’ai découvert avec son freestyle « Règlement noir », j’étais dans ma période d’ado déprimé et j’étais heureux d’écouter un artiste parler de tristesse. Il m’a éduqué musicalement : comment se connecter aux auditeurs, comment romantiser un sujet et le rendre attractif.
Pour quelqu’un qui ne te connaît pas, comment décrirais-tu ta musique ?
J’ai commencé à écrire au moment où la drill était à son apogée en France et je pense que c’est de là que ma musique tient son côté brut. Même si, récemment, j’essaye de faire des sons un peu plus légers. La principale thématique, c’est mon quotidien. J’aborde aussi la violence de la société dans laquelle nous vivons actuellement et la politique. En ce moment, il faut être vocal et prendre position afin de ne pas sombrer dans des extrêmes racistes de merde.
Quel est ton featuring de rêve ?
Green Montana, il est trop fort ! Lefa est aussi un de mes featurings de rêve, il m’a beaucoup éduqué rapologiquement. Il est très politique sans en faire un fond de commerce, il est très fin. J’aime beaucoup son univers, le message sur le fait de ne pas vouloir être célèbre ainsi que son imaginaire visuel. En ce moment j’écoute beaucoup Assaf du Panama Bende, ce serait cool de pouvoir collaborer avec lui.

© Charlotte Steppé
Tu es originaire de Noisy-le-Sec, en quoi est-ce important dans ton univers musical ?
J’y ai grandi, il y a beaucoup de réalités tacites et implicites dont je dois parler. C’est mon rôle d’évoquer l’écart flagrant entre Paris même et sa banlieue. Il y a une énorme glace entre les deux, je dis souvent que nous sommes séparés par un RER. Noisy fait partie de moi.
Tu es candidat à la cinquième saison de Nouvelle école sur Netflix. As-tu participé à d’autres tremplins avant celui-ci ?
Je suis un habitué des open mics : j’ai participé à tous les Canal 93 à Bobigny, aux Hip Hop Talents, aux Owaza et au Terre Hip Hop Contest, un incontournable que j’ai perdu plein de fois avant de le gagner. Ça m’a appris la scène et à continuer malgré mes erreurs sans être déstabilisé. Il y a beaucoup plus de pression dans Nouvelle école, mais si tu as l’habitude des open mics, tu peux participer à l'émission sans problème.
Qu’est-ce qui t’a décidé à participer à Nouvelle école ?
Ils m’ont repéré par le biais des open mics justement. Je n’ai pas vraiment réfléchi, j’y ai vu une opportunité. C’était soit je monte dans le train, soit je le laisse passer. Participer à Nouvelle école, ce n’est pas ce qui définit ma musique, mais c’est un beau coup de projecteur. J’y vais tête baissée en essayant de rester moi-même.
Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience Netflix ?
Presque que du positif ! Ça m’a aidé à prendre entièrement confiance en ce que je proposais. Même si je rappe depuis longtemps, je suis jeune musicalement. J’ai pu rencontrer des professionnels, j’ai pris en maturité. La partie humaine de cette aventure m’a vraiment plu, il n’y avait que de bonnes personnes et on se rassemblait tous autour de la musique. À l’origine, je connaissais Big D et Djiro, ce sont mes deux frérots du départ et maintenant tous les participants sont tous des frérots !

© Charlotte Steppé
As-tu apprécié le nouveau jury ?
Ils étaient très cools, et Theodora est tellement à sa place ! Il y aura sûrement des polémiques qui diront qu’elle ne fait pas de rap alors qu’elle avait souvent les avis les plus pertinents des trois jurés. SDM est hyper golri, très sympa, il est très renseigné. Ça ne se voit peut-être pas en interview car il est assez pudique dans sa façon de communiquer, mais c’est un livre ! Oli prend le rap très au sérieux, je pense qu’il pourrait mourir pour ça [rires].
Est-ce que tu regardais l’émission avant d’y participer ?
Je n’ai pas regardé l’émission de façon assidue, j’ai uniquement visionné la première saison. L’émission ne met pas toujours en valeur ce qui est défendu dans le rap, j’ai été honnête sur le sujet pendant les castings. Mais certains parcours m’ont marqué comme 2L, qui représente une jeunesse qui a besoin d’elle à un moment crucial. J'ai d’ailleurs eu la chance de rapper avec elle à des open mics. J’ai aussi apprécié le parcours de BEN plg et B.B. Jacques.
Si tu remportais les 100 000 € promis au gagnant, qu’est-ce que tu en ferais ?
J’achèterais des cigarettes industrielles, c’est ce que j’ai dit dans l’émission [rires]. Plus sérieusement, je pense que je les partagerai avec mon cousin et beatmaker WALLE président, avec qui j’ai commencé le rap. On ferait un beau voyage.
Tu as déjà participé à un épisode de Rentre dans le cercle, comment as-tu été contacté ?
On me l’a proposé une semaine et demie avant que ça se produise et j’ai accepté directement ! C’était un rêve, je m’endormais avec les Rentre dans le cercle et maintenant j’y suis. Voir Fianso et contempler l’héritage qu’il nous laisse et qu’il continue de faire avancer, j’ai trouvé ça dingue. C’était à Bobigny dans le 93, pas loin de Noisy-le-Sec, alors j’étais à domicile. J’ai adoré l’expérience autant que Nouvelle école, alors que ça n’a duré qu’une seule journée. Je suis entré dans le cercle en fourrure, on me regardait comme un fou [rires]. Mais j’ai eu de bons retours sur mon passage. C’est dans ce genre de moment où tu vois qui sait rapper sans artifices.
Quel est le principe de « Nosummer », la série de morceaux que tu as démarrée depuis le début de l’été ?
On avait envie de sortir des sons avant l’annonce de la participation à Nouvelle école. Il y a six titres, on publie un morceau par semaine tous les mercredis, accompagné d’un visualizer, qu’on va par la suite condenser en un EP. C’est un projet de transition comparé à ce que je prépare pour la suite, mais c’est cool de voir la progression d’un artiste à travers sa discographie.