Trois petites lettres et puis s’en vont. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, MTV a cessé d’émettre en Europe. Après quarante ans de clips en continu, cinq déclinaisons de la chaîne (MTV Music, MTV 80s, MTV 90s, Club MTV et MTV Live) ont tiré leur révérence avec un simple bandeau sur un écran noir : « Merci de nous avoir suivis ! » Seule la chaîne principale continue de diffuser des programmes de téléréalité. Dans sa chute, MTV emporte des décennies de souvenirs, dont ceux de China Moses, chanteuse et ancienne présentatrice arrivée à l’antenne en 2004. « À 20 ans, je n’imaginais absolument pas que je deviendrais un jour animatrice sur MTV France », se remémore-t-elle.
Quand MTV débarque en Europe, six ans après sa naissance aux États-Unis en août 1981, le rap en est encore à ses débuts dans l’Hexagone. « À cette époque, les disques étaient difficiles à trouver. Même dans les grandes villes, ce n’était pas simple de se procurer un CD de A Tribe Called Quest ou de De La Soul », rappelle Nico Prat, journaliste culturel. The Notorious B.I.G., les Fugees, 50 Cent, Lil’ Kim... véritable robinet à clips dès son arrivée en France, la chaîne américaine contribue à démocratiser le hip-hop « en l’apportant directement dans le salon des gens ».
En parallèle, les programmes trouvent également leur public. Le lancement de Yo!, animé par la photographe et fondatrice de la branche européenne de MTV Sophie Bramly, est un succès immédiat. Dès octobre 1987, elle y reçoit les plus gros rappeurs américains, dont le premier invité, Afrika Bambaataa, pionnier du mouvement hip-hop [en 2024, Solo du groupe Assassin a révélé avoir été abusé par ce dernier alors qu’il n’avait que 17 ans. Aux États-Unis, Bambaataa a fait face à de nombreuses accusations d’abus sexuels sur des garçons mineurs]. D’autres groupes et artistes emblématiques comme N.W.A., Public Enemy, LL COOL J ou encore Run D.M.C. feront leur apparition avant que le programme soit repris par les Américains et devienne l’incontournable Yo! MTV Raps. « C’est l’un des rares cas où les États-Unis se sont emparés d’un concept français », analyse Nico Prat.
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