« On ne va jamais sortir d’ici ! » déclare Zinée en découvrant avec fascination une salle remplie de jeux vidéo de l’exposition de la Philharmonie de Paris « Video Games & Music : la musique dont vous êtes le héros ».
Très vite, les bornes d’arcade retiennent son attention. Bip, bip, boup. Elle lance une partie de Pong, relique pionnière de 1972 inspirée du tennis de table, avant de l’achever presque aussitôt. Car son regard se détourne déjà, attiré plus loin vers une partition de la bande originale de Clair Obscur: Expedition 33. « Ce jeu est ouf ! J’adorerais assister à une date de la tournée de l’orchestre symphonique qui joue la BO, mais je n’ai pas réussi à avoir de place. »
En avançant, la rappeuse déterre des vestiges de son enfance : « Ma première console, c’était la GameCube de Nintendo. Un sacré chapitre de ma vie. » Ici, pas de GameCube, mais une Game Boy sur laquelle tourne Tetris. Autour, des objets familiers des années 2000 : Walkman, Polly Pocket, Nokia 3310. « Après la GameCube, j’ai eu la Xbox 360, puis la Switch, qui m’a beaucoup aidée quand j’étais à l’hôpital. Elle m’a permis de tenir et de nourrir mon imagination. C’était la seule activité où j’avais une progression dans ma vie et qui m’offrait la possibilité de couper avec un quotidien difficile », poursuit celle qui est atteinte d’une endométriose profonde.

Lia Goarand / Mosaïque Magazine
Super Mario Bros, la madeleine de Proust
Un peu plus loin, une Nintendo NES attend qu’un·e visiteur·euse relance l’emblématique Super Mario Bros. « C’est Mario qui m’a introduite aux jeux vidéo. J’ai compris que ça allait prendre une grande place dans ma vie », se souvient-elle. Le coin Nintendo précède celui de Sonic et de sa maison mère, Sega. Dans la salle suivante, l’écran principal diffuse un extrait d’Assassin’s Creed Shadows, mais l’attention de Zinée décroche vite en voyant l’incontournable Guitar Hero, sur lequel elle lance « Beat It » de Michael Jackson. Le rythme retombe avec Electroplankton, un jeu vidéo de création de musique éphémère. Au détour d’une borne, l’artiste reconnaît la série Rayman : « J’ai passé beaucoup de temps dessus dans mon enfance. J’aimais aussi Zelda et F-Zero. Mais si je pouvais en recommencer un pour la première fois, ce serait Red Dead Redemption. »

Lia Goarand / Mosaïque Magazine
« Je joue avec Houdi tous les soirs »
À quelques mètres, devant des photos de cybercafés à travers le monde, elle se remémore : « Avec mon frère, on y passait tarpin de temps quand on partait en vacances. Il ne voulait pas que je joue à World of Warcraft, alors je jouais à God of War. C’est lui qui m’a fait découvrir tout cet univers. Aujourd’hui, il est champion du monde de Diablo III et de Diablo IV. Grâce à l’e-sport, il y a moins de préjugés, on assimile moins ce milieu à la violence. »
Après cette balade ludique, la rappeuse s’assoit sur des bancs situés face à l’écran géant au cœur du musée, le temps d’une dernière confession : « J’aimerais me mettre à jouer en live sur Twitch, mais je n’ai pas assez confiance en moi. J’ai peur de me faire démonter dans les commentaires, je ne suis pas si forte que ça, je suis juste passionnée et investie. C’est rare que je ne pleure pas devant un jeu. »
En attendant de se lancer publiquement, Zinée repart direction Toulouse pour s’exercer en bonne compagnie : « Je joue tous les soirs avec Houdi. Récemment, GAL a rejoint mon serveur Discord. Nos parties du moment ? Garry’s Mod et Midnight Murder Club ! ».