Prince Waly, en 3ème vitesse

  • Propos recueillis par Thibaud Hue, Lise Lacombe
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[Prince Waly est décédé le 4 octobre 2026 à 34 ans. Il avait accordé à « Mosaïque » une prise de parole en décembre 2022 à l'occasion de la sortie de son album « Moussa » et de notre premier numéro dont il était la couverture.]

 

L’enfant prodige de Montreuil se remet en selle. Stoppé net à pleine vitesse par un cancer du thymus, glande située entre les poumons, Prince Waly a pris son temps. Trois ans d’absence pour se reconstruire et retrouver un chemin dégagé. C’est avec « Moussa », un premier album à son nom, qu’il souhaite aujourd’hui retrouver son public et la musique. Nous lui avons donné rendez-vous dans un hôtel discret de Saint-Ouen. Avec trente minutes de retard, le rappeur arrive, une petite valise à la main, en s’excusant plusieurs fois. En attendant son thé vert, il se lance dans la discussion. Il est de ceux et celles qui n’ont pas besoin de relance ou d’inspiration. Les mots lui viennent, son histoire est bien dessinée, il ne doute plus. Parfois rieur, souvent songeur, Prince Waly est un homme apaisé. 

Waly, ton premier album « Moussa » est enfin disponible partout. Comment te sens-tu ?

Je suis dans une bonne énergie, j’attends ça depuis trois ans, je suis trop heureux. Je ne m’attendais pas à tant de retours, à tant d’engouement, je vois que les gens s’approprient l’album. Il y a une sorte de bienveillance autour de ma direction artistique, de ma musique, de moi... J’ai l’impression de toucher les gens au cœur. Ce que je ne faisais pas avant. Prince Waly c’était le mec cool, le mec stylé, mais c’était juste ça. Aujourd’hui, avec cet album, les gens découvrent Moussa et sont bien plus touchés par mon histoire.

Tu t'es beaucoup exprimé à la sortie de ce disque, pourquoi ?

Je n’ai jamais été fermé à la discussion, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux. Pendant trois ans, j’étais seul dans ma chambre, coupé du monde avec ma copine. C’était moi et la guérison. Une course contre la montre. Je ne voyais plus trop mes amis. Alors retrouver tout ça, ça me fait du bien. En plus, je suis très friand des interviews et des discussions.

Même après trois ans d'absence et seulement deux EP à ton actif, tu étais très attendu par le public. Tu l'as senti ?

Pas vraiment. Comme j’avais tout coupé, je ne me rendais pas compte de ça. Quand mon deuxième projet  BO Y Z est sorti en 2019, il y avait une effervescence autour de moi. Mais après seulement un mois d’exploitation, j’ai dû tout stopper. La maladie est venue tout arrêter. J’ai fait trois ans de pause et trois ans, c’est long dans une carrière ! Tout ralentit, le téléphone ne sonne plus, t’as l’impression qu’on t’oublie... J’étais en mode : « Ça y est, les gens sont sûrement passés à autre chose, y a plein d’artistes qui sont arrivés, la musique a changé. Ça se trouve, ils n'en ont plus rien à faire de Prince Waly. » Du coup, je ne m’attendais vraiment pas à tout ce qui se passe là. Dès qu’on a commencé à sortir les premiers singles, j’ai senti qu’il y avait un petit engouement. Les fans de la première heure étaient encore plus satisfaits de mes chansons. Les nouveaux auditeurs qui me découvrent avec cet album, eux me disent : « Mais mec, comment ça se fait qu’on te connaissait pas avant ? ». C’est galvanisant.

Appréhendais-tu de devoir t’exprimer publiquement sur la maladie que tu as combattue ?

À la base, tout ce qui est problème de santé et truc perso, je ne voulais même pas en parler. Je voulais revenir avec un projet qui ressemble à BO Y Z, un peu d’egotrip, du son banger. Mais mes proches m’ont dit : « Non, tu ne peux pas revenir comme ça, comme si de rien n’était. Là, tu as une histoire à raconter, un truc solide entre les mains. » Ce qui m’a motivé, c’était le fait de me dire que je pouvais soit inspirer, soit aider certaines personnes dans un quelconque combat. Quand j’étais malade, je regardais pas mal de docus et d’autobiographies de personnes que j’admire, comme Mike Tyson. Je l’ai vu parler de tous ses traumas et il avait l’air apaisé. Ça avait l’air de lui faire du bien. La vie du cycliste Lance Armstrong [qui a lui aussi combattu un cancer] m’a également inspirée. Il a gagné pas mal de titres malgré des controverses et s’en est sorti. Je me disais, si ces gens peuvent s’en sortir, pourquoi pas moi ? Alors de la même manière, pourquoi me cacher ? Cet album, c’est une nouvelle porte d’entrée pour le public. Avant, on m’écoutait pour le style et la technique. Aujourd’hui, c’est pour le cœur. Et je dois tout ça à mes proches.

As-tu toujours cru à la guérison ?

C’est la première question que j’ai posé à mon médecin : « Est-ce qu’il y a un moyen de guérir? » Il m’a répondu : « Oui, mais ça va être des traitements lourds. » Je suis quelqu’un de très costaud mentalement, mais je ne suis pas tout seul. J’ai ma femme, ma famille, mes proches. J’ai senti que ça avait été dur pour eux. J’ai vu mes parents vieillir... C’est compliqué pour une mère d’apprendre que son fils a un cancer. C’est un mot qui fait tout de suite référence à la mort. Ça fait peur. Ce que disait le médecin n’était pas facile à entendre... Il était pessimiste au début. Et mes proches ont préféré qu’on change de professionnel pour quelqu’un de plus optimiste et pédagogue. On ne peut pas rester seul dans ces moments-là. Sans eux, je n’aurais pas pu tenir. Finalement, c’est presque comme si on m’avait dit : « Tu as une grippe. » Ça devait durer huit mois, ça a duré trois ans. Je suis aujourd’hui devant vous, c’est tout ce qui compte.

Tu n’as jamais songé à l’éventualité de mourir ?

Pas une seconde. C’est bizarre hein ? J’y croyais même dans les moments les plus critiques. Et j’ai eu de la chance parce qu’on a tout de suite eu de très bons résultats. Dès la première chimiothérapie, j’ai récupéré ma voix que j’avais perdue depuis deux mois. La tumeur se résorbait.

Le rappeur Prince Waly avec des lunettes de soleil

© Mina Attitude / Mosaïque Magazine

Tu as vu Breaking Bad ? 

Mec ! J’ai spoilé la série avec le son Doggy Bag et on m’en veut pour ça [rires] ! 

Tu vois Walter White ? Quand il apprend qu’il a un cancer, il a un déclic et va faire de la meth pour mettre bien sa famille. Comme lui (ou presque), as-tu eu un déclic pour te recentrer sur certaines choses ?  

Clairement. J’entretenais des relations amicales et professionnelles juste par habitude parce que c'étaient des amis de longue date. J’avais ces mauvaises énergies. Quand le cancer est arrivé, je me suis dit : « Je suis déjà dans une bad énergie, je ne peux pas avoir ça autour de moi. » Alors je me suis débarrassé de toutes ces personnes et je me suis focalisé sur les bonnes. Et j’ai bien fait, ça se ressent sur l’album et sur mon état d’esprit. Je suis très serein et ça, grâce à ceux qui sont avec moi.

Dans le livret de la version physique de l’album, tu remercies tous tes proches y compris ta compagne, Enchantée Julia. Quelle a été sa place auprès de toi pendant cette période ?  

Elle a été la copilote. Malheureusement, elle a vraiment subi la maladie avec moi. Elle me motive et me porte, c’est comme un médicament. Elle me remonte le moral. Même quand je refuse de me soigner moi-même pour un simple rhume, elle est derrière moi. C’est elle qui a trouvé les médecins, je lui dois tout. Sans Julia et mes proches, Moussa n’existerait plus.

On entend beaucoup tes proches sur ce disque. Notamment ta mère, sur l’outro..  

Ma mère que je porte dans mon cœur, que j’aime tellement, qui a tellement d’amour pour moi, qui a fait tellement de sacrifices pour nous. Elle est sénégalaise et elle parle dans le dernier morceau en soninké. Pendant ma maladie, elle me laissait plein de messages mais je ne répondais pas trop au téléphone parce que ça me faisait mal à la tête. Un jour, elle me laisse un vocal où elle me dit : « Ça fait deux semaines que j’essaie de t’appeler, tu ne réponds pas, je suis inquiète, j’espère que tu vas bien. Donne-moi au moins des nouvelles ou rappelle-moi. De toute façon, je suis en route. J’arrive là, je vais venir te voir à la maison, j’espère que tu seras là. Tu me manques mon fils, prends soin de toi. » Ce message m’a donné envie de continuer à me battre. J’étais dans une période de doute où je me demandais si ça valait le coup de s’acharner, de s’accrocher... Et quand j’ai reçu ça, je me suis dit : « Non, tu ne peux pas quitter ce monde et la laisser comme ça, en sachant qu’elle a déjà perdu un fils. » J’ai un grand frère que je n’ai pas connu. C’est pour ça qu’on entend ma mère dans le morceau « Mercy ».

As-tu fait écouter Moussa à ta mère ?

Pas encore ! Mes parents voient encore le rap comme quelque chose de négatif. Cette image un peu à l’ancienne : les problèmes, la drogue et tout... Et c’est vrai, le rap m’a emmené dans des trucs pas cool. Mais aujourd’hui ce n’est plus comme ça et ils sont en train de changer de vision. Je leur ferai écouter bientôt, ça sera spécial. J’hésite à faire venir ma mère à La Cigale pour qu’elle voit que ça touche les gens. Elle pleure facilement en plus, elle ne sait même pas qu’elle est sur l’album...

Le titre « Mercy » est très explicite sur ta maladie. Les autres morceaux le sont beaucoup moins. Mais nous avons appris que tu avais enregistré un autre track, « Cuir », qui n’a pas été retenu sur la tracklist, pourquoi ne pas l’avoir laissé ?

Il était très deep. C’était un peu la même énergie que le titre « Miroir » où je vais au fond, je parle de la précarité à la maison petit et le fait que je sois noir. D’ailleurs, les deux morceaux ont été enregistrés le même jour. « Cuir » était concentré sur mes trois dernières années : la maladie, les soins, le fait que j’avais perdu mes cheveux, toute ma pilosité, vingt kilos, mes nausées à longueur de journée... C’était comme vivre avec Prince Waly pendant une journée de chimiothérapie. Je me souviens, Ivan [Jazzy Bazz] était là. Je lance le morceau et silence radio dans le studio. On était plusieurs et je l'ai vu mettre ses lunettes pendant l’écoute. À la fin, il se retourne et me dit : « Mec, tu m’as fait chialer. C’est quoi ce truc ? Tu te rends pas compte mais personne n’a jamais fait ça. Ça tape au cœur, c’est triste mais c’est d’une tristesse incroyable. On a l’impression d’être avec toi. Je crois que ça va être mon morceau préféré. » C’était fou. Julia, par contre, dès qu’elle l’écoute, elle déprime parce qu’elle essaie d’oublier tout ça. Mon but avec cet album n’était pas de plonger les gens dans une ambiance glauque, du coup j’ai préféré l’écarter. Quand l’album est sorti, Jazzy m’a demandé où était le morceau et si je pouvais lui envoyer. Pour le moment je ne l’ai pas encore fait, je crois que je préfère le garder sur un disque dur.

Comment se passe ton retour en studio ?

C’était difficile. À force de passer mon temps sur les réseaux pendant cette période où j’étais chez moi, je n’avais plus confiance en moi. Je me disais : « Untel fait ci, untel fait ça, lui il est disque d’or, lui il fait une tournée... Et moi je suis là et je ne fais rien. » Ça m'avait trop cassé. Et un jour, le producteur JayJay m’a invité à venir au studio. Je suis passé mais sans rien attendre, juste pour dire bonjour. Finalement, c’est à ce moment-là que je me suis dit que j’étais encore capable de faire partie de ça. J’ai repris petit à petit goût à l’écriture, JayJay a piqué mon égo. Depuis mes débuts, on me disait tout le temps que j’étais trop fort, on me comparait à des Ill, des Lunatic, des X-Men, j’étais galvanisé. JayJay a été le premier à me dire : « Mais c’est nul ce que t’écris, tu peux mieux faire. » Ça m’a fait mal et je me suis remis en question. J’avais trop la haine, du coup j’écrivais, j’écrivais... Pendant un an, je me remettais des sons que je faisais à l’ancienne sur Junior, et les mecs qui m’avaient inspiré comme Mobb Deep ou Time Bomb. Je me suis souvenu que je savais faire tel type de placement, que je pouvais rapper comme ça, etc. Finalement, j’ai fini par enregistrer « Avertisseurs (Part II) ». JayJay a écouté et m’a dit : « Ok, là on y est, on peut commencer. » C’est le premier morceau de l’album qu’on a gardé.

Comment dessines-tu cette tracklist progressive ? L’accident, l’avant et l’après.

À la base, je partais sur un 17 titres. Mais j’ai préféré faire un truc plus court avec une vraie continuité. L’intro, ça devait être le morceau « Mercy » mais JayJay m’a dit que c’était trop dur pour entamer le projet donc c’est devenu l’outro. Ensuite, j’ai fait appel à Arthur Teboul pour faire « Bleu » qui ouvre le disque. Une fois que j’avais le début et la fin, j’ai fait la structure. Je voulais raconter l’histoire de Moussa qui a eu des accidents de parcours mais qui a toujours su se relever. Dans le son « Movie », c’est un storytelling où y a ce mec qui se fait entuber, il se venge et repart gagnant. Ensuite, il met un corps dans son coffre et monte dans sa caisse. Il allume la radio et on entend le morceau suivant, celui de Julia, « Moussa (Part II) ». Mais à la fin : accident de voiture. On arrive ensuite sur le titre « Cra$h ». La suite est beaucoup plus colorée. Ça illustre le cancer et la reconstruction.

Le rappeur Prince Waly dans une voiturette de golf

© Mina Attitude / Mosaïque Magazine

D’ailleurs, tu as l’exclusivité des featurings de Feu! Chatterton… Pourquoi es-tu l’heureux élu ?       
     
C’est vraiment parce qu’on s’aime. J’avais fait un concert pour la release party de Junior, ils étaient là et je ne le savais pas. Ils m’avaient dit qu’ils aimaient beaucoup ma musique et j’ai eu envie de collaborer. J'avais en tête Jay-Z et Linkin Park, je trouve ça trop beau ce genre de crossover. Et on s’est lancés. Le premier morceau qu’on a fait ensemble, c’est le morceau « BO Y Z ». C’est le titre qui termine mon dernier projet. Je me suis dit que ça serait ouf qu'Arthur revienne pour ouvrir mon premier album, trois ans plus tard. Je voulais une espèce de prêche, alors qui d’autre ? Je ne connais pas de meilleur interprète que lui. Je le porte dans mon cœur, je l’aime tellement. C’est quelque chose de précieux. Les gens demandent des EP communs entre Prince Waly et Feu! Chatterton. Franchement, ça serait beau pour la musique.

 Arthur Teboul est aussi très religieux, est-ce que c’est quelque chose qui vous lie ?

Oui. D’ailleurs, avant de faire son couplet, il a fait des petites prières en me disant à la fin : « C’est bon, j’ai la bénédiction, je peux y aller. » J’ai trouvé ça trop beau.

Le dernier morceau sonne aussi comme une prière… 
 
J’y explique que j’ai retrouvé la foi en Dieu. Je m’en étais éloigné à l’époque de BO Y Z où j’étais en roue libre. Je faisais n’importe quoi, je ne priais plus, j’étais hypocrite et pas très fier de ce que je devenais. Il m’a fallu trois ans et des épreuves pour m’en rendre compte. Je suis très content de la personne que je suis aujourd’hui et j’estime qu’il m’a pardonné étant donné qu’il m’a offert la guérison. Lorsque j'étais au fond du trou, je me suis accroché à la foi.

Il y a des dizaines de références à Mauvais Œil dans l’album. Finalement, tu te retrouves à rapper avec l’une de tes plus grandes inspirations, Ali. Le pourquoi on le devine, mais on se demande comment s’est-il retrouvé sur Moussa ? Il se fait toujours très rare. 
 
C’est JayJay qui y a cru. Quand on enregistre le morceau « Rottweiler », on se dit qu’il sonne très Lunatic, très sombre. Il me dit que ça serait fou qu’il arrive jusqu’aux oreilles d’Ali. Pour moi, Ali n’allait jamais valider ça, je suis vulgaire sur le morceau et tout [rires]. Mais JayJay me propose d’essayer de le contacter quand même. Je lui dit : « Si je fais un titre avec lui, j’arrête le rap. » Trois jours après, il était là, en studio. Il est archi imposant mais il a une espèce de sas autour de lui dans lequel tu te sens apaisé. On parle plusieurs heures, il prend de mes nouvelles. Avec JayJay, on est fans donc on lui pose plein de questions sur sa carrière, comment il a vécu Mauvais Œil à l’époque, comment ça a changé sa vie. Puis, au bout d’un moment, on rentre dans le vif du sujet et on lui fait écouter du son. On commence par le titre « Messe », juste pour qu’il voit l’ambiance et qu’il rappe dessus. Il écoute et il me lâche : « T’es fou mec, il est trop beau, faut pas le toucher ! » Du coup, on lui fait écouter « Rottweiler ». Il trouve ça trop chaud mais il nous dit : « L’époque de Mauvais Œil, c’est derrière moi. Je veux faire d’autres trucs, j’ai envie de tourner la page. Je préfère des trucs plus colorés et chaleureux. » Alors, on sort d’autres instrus mais on lui avoue : « Gros... Nous on veut que tu poses sur « Rottweiler »... » Il était venu avec Géraldo, son manager. Ali lui demande son avis et il lui répond : « Je suis d’accord avec toi mais moi si on me sert ma bouffe préférée, même vingt ans après, bah je vais quand même en reprendre. » Géraldo a été le sauveur [rires]. Ali a accepté et m’a fait cadeau d’un couplet incroyable et d’une entrée légendaire où il reprend le début de « Le crime paie ». On ne savait rien, il rentre en cabine et il rappe : « Mais qu’est-ce que tu croyais...» Avec JayJay, on était choqués, comme des gosses.

Alors après Ali, te reste-t-il un fantasme musical à assouvir ?                       

Je te dis la vérité, à part un Kendrick Lamar... Je ne crois pas ! Pas même en France. En plus, j’ai déjà deux morceaux avec le meilleur rappeur français actuel, le G.O.A.T, Alpha Wann. 

On a vu que tu étais très proche de la nouvelle génération et notamment de NeS avec qui tu étais à La Boule Noire à Paris. Quelle est ta relation avec lui et avec cette nouvelle scène ?

Je suis fan d’eux, de lui. Je l’ai remercié et je lui ai dit que les années à venir allaient être trop belles. Ce sont les prochaines têtes d’affiche et c’est trop bien. La génération avant nous avait moins l’envie de se mélanger. C’était chacun pour sa peau, un peu un concours de bite avec beaucoup de clash. Aujourd’hui, on collabore tous ensemble et on se donne de la force. NeS est juste trop fort. Quand il m’invite à sa Boule Noire, il y a ce truc de passion. On va collaborer ensemble, c’est prévu. Je devais même participer à son Grünt mais j’étais sur le tournage de « Balotelli » avec Freeze. C’est quelqu’un de très humble et respectueux de la musique. On se ressemble là-dessus.
 
En parlant de « Balotelli », c’est le morceau dont s’est le plus saisi le public. Il semble faire l’unanimité sur le disque. Comment s’est passé la collaboration ?
 
On se connaît depuis très longtemps avec Freeze. En 2010, il a posté un freestyle, je suis tombé dessus et j’étais trop choqué. Je l’ai trouvé trop fort. Il était au Canada et j’étais à Paris à l’époque. Je lui ai dit que j’aimais ce qu’il faisait. On s’est croisés en 2017 et on s'est dit qu’on ferait un morceau. Ensuite, j’ai eu mes galères de santé. Je l’ai vu exploser et on s’est revus pour enregistrer ce banger. Il n’a qu’une parole. Il avait dit qu’on le ferait, on l’a fait. On l’a enregistré en cinq heures au studio Don Dada. JayJay, LamaOnTheBeat et 3010 ont fait une prod de fou. Ce jour-là en studio, il y avait Alpha, KSA, MV...

Le rappeur Prince Waly avec un club de golf

© Mina Attitude / Mosaïque Magazine

D’ailleurs, il y a un featuring qui fait aussi beaucoup penser au cinéma, c’est celui avec Luidji et Makala. C’est un vrai casting, chacun sa place, chacun son rôle. Comment l’avez vous pensé ?

On a trois univers différents et très identifiables. Les gens étaient très intrigués par ce track. Lorsque j’ai repris la musique, c’était déjà prévu que je fasse un morceau avec Luidji. Le refrain qu’il a sorti était ouf et j’avais peur de ne pas être à la hauteur. Il a eu l’idée d’intégrer une troisième personne. Et sans se le dire, on a tous les deux pensé à Makala. On s’est vus tous les trois en studio, on se donnait des idées et Julia nous a donné plein de pistes sur les harmonies. Elle est d’ailleurs sur le titre avec les voix de fond. Elle m’a permis de m’ouvrir musicalement. Ma musique a changé depuis qu’elle est là. Un morceau comme « BBF », je n’aurais pas été capable de le faire sans elle. 

À la sortie de ton album, Mehdi Maïzi en parlait sur Twitter comme d’un « potentiel classique qui va marquer les esprits pendant longtemps ». Il lui prédisait d’ailleurs le même destin que « Tristesse Business : Saison 1 » de Luidji. Qu’en penses-tu ?

Ah ouais mais c’est fou ça... C’est fou. C’est spécial. Moi je ne réalise pas encore. Je te dis la vérité, avant que je le sorte, j’avais un stress terrible et moi je ne suis pas quelqu’un d’angoissé. Quand je dévoile la cover et le tracklist, les gens étaient en mode : « Incroyable ! C’est l’album de l’année.» Moi, ça me faisait flipper [rires] ! J’espérais qu’ils n’allaient pas juste l’écouter pendant trois jours et l’oublier. Les gens crient facilement au classique, ils ont le masterclass facile. Mais au final, on dirait que l’album va rester. Je discutais avec un mec qui me disait que son fils lui avait envoyé un screenshot du projet en lui disant : « Regarde Papa, c’est incroyable ce rappeur, c’est Prince Waly ! » J’ai l’impression que je peux toucher plusieurs générations. Ça me conforte dans mes choix.  

L’aboutissement de tout ça, c’est le disque d’or ?

S’il est là, je ne vais pas le refuser. Peut-être dans quelques années.

Un mot de la fin ?

Prenez soin de vous, on n'est pas invincible.

Retrouve cet article dans le numéro 1 de Mosaïque N°1 - PACK OR Découvrir