Quel est ton premier rapport au rap ?
Mon frère m’a fait découvrir le rap américain avec Drake, Akon, Lil Wayne et 50 Cent. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai commencé à écouter Alicia Keys et tous les artistes de cette époque. Et le premier morceau de rap que j’ai écouté de moi-même était « Dernière Chance » de Léa Castel en featuring avec Soprano. Le son est très triste car il parle de la mort, mais j’aimais chanter la partie de Léa Castel. Au collège, j’écoutais aussi beaucoup de rappeurs du 91, et tous les groupes afro des années 2000-2010 tels que La Saomera, Shakalewa, Les Probo, Force One, etc.
Parmi toutes ces influences, qui est ton ou ta rappeur·euse préféré·e ?
Drake pour sa versatilité ! Il fait du rap, du R&B mais aussi de la pop ; j’aime qu’un artiste sache naviguer entre les genres sans qu’on sente qu’il se dénature. Views est d’ailleurs l’un de mes projets préférés. En France, j’ai été influencée par Niska parce que c’est un mec du 91, comme moi. Il a explosé quand j’étais au collège. À cette époque, il représentait la réussite pour les jeunes noirs d’Île-de-France.
Justement, tu as participé à la compilation 91 All Stars, qu’est-ce qui t’a convaincue de le faire ?
C’est le 91 qui m’a convaincue, j’en suis originaire. Le fait qu’on estime que je fais partie du paysage musical essonnien m’a vraiment fait plaisir. J’ai foncé sur l’occasion, d’autant plus qu’il y avait des artistes que j’apprécie dessus.
As-tu déjà essayé de rapper ?
Plus jeune, j’avais un groupe de rap avec mes copines qui s’appelait « Équipe A ». On postait les vidéos sur YouTube et Facebook. On voulait faire comme les mecs de notre cité à l’époque [rires]. Plus sérieusement, dans mon prochain projet, il y a un morceau qui est un peu rappé. Je considère que le rap et le R&B sont des genres musicaux cousins.
Cette année, on a eu le plaisir de te voir sur la mainstage de Yardland, comment as-tu préparé ce show ?
Avant chaque festival, j’essaie de faire un peu de sport, pour avoir du cardio et développer mes abdos en une semaine [rires]. J’aimerais intégrer plus de danse à mes shows, il faut que j’arrive à être plus performante. J’ai adoré Yardland, le festival est trop bien parce qu’il y a des artistes que tu ne verras pas ailleurs, notamment sur la scène Salomon. Après mon passage, j’ai assisté à l’Aprèm Pétages et au set de Rema. J’étais dans la foule en train de danser avec mes copines et ma sécurité.

© Moïse Luzolo
En mai dernier, on t’a aussi vue sur la scène du Stade de France avec Aya Nakamura. Qu’est-ce que ça signifie pour toi ?
C’était incroyable. C’est elle qui m’a proposé de chanter « Haut niveau », un morceau que je connaissais bien. On était toutes les deux habillées en blanc, accordées. Le moment était iconique. Son invitation démontre que nous sommes dans une période très « girl’s girl » dans la musique, ce qui est génial pour nous, mais aussi pour les générations futures. Lorsque tu arrives dans l’industrie, c’est important d’avoir d’autres artistes qui te soutiennent, surtout quand tu es une femme noire et exposée. Avoir ramené autant de femmes à ses concerts au Stade de France a cassé le mythe d’une compétition qui n’existait que dans l’imaginaire des gens.
En parlant des générations futures, as-tu découvert des artistes émergent·es récemment ?
Supremnova ! J’ai entendu ses morceaux sur TikTok. En la découvrant, j’ai été surprise par son apparence, il y a un décalage avec sa façon de chanter. Sur les réseaux sociaux, elle est trop chou, alors qu’elle est gang [rires]. Avec mes copines, on l’écoute souvent en voiture. J’ai aussi découvert (D)Juno récemment. Ces filles sont hyper-créatives, elles sont elles- mêmes, elles n’ont pas froid aux yeux, elles sont là pour faire kiffer. Elles sont à l’image de la Gen Z !
Comme elles, aimerais-tu reprendre des sonorités de tes origines, en l’occurrence le Cap-Vert ?
Je suis très fière de mes origines, donc c’est important de les faire transparaître dans ma musique. Au Cap-Vert, on écoute beaucoup de zouk et de kizomba, je me suis inspirée de la seconde pour un morceau de mon prochain album. Dans chacun de mes disques, j’essaie d’intégrer un track en créole capverdien. Je représenterai le pays partout avec plaisir. J’ai eu la chance de rencontrer le président du Cap-Vert lors d’une visite aux artistes de la diaspora, et lors d’une cérémonie de Miss Cap-Vert en France... J’en suis très honorée.
Aimerais-tu collaborer avec des artistes capverdien·nes ?
J’ai déjà chanté avec Lisandro Cuxi, qui est aussi capverdien, et j’aimerais collaborer avec sa grande sœur Soraia Ramos, qui est une figure majeure de la musique lusophone évoluant au Portugal, et avec Neyna, une artiste très populaire au Cap-Vert .
Que peux-tu nous dire de ton prochain projet ?
C’est un projet de loveuse ! Il y a du R&B, du dancehall et du RoniNB. J’ai créé cette appellation pour me réapproprier ma musique, notamment parce qu’il y a des débats autour de la légitimité de qualifier une musique de R&B ou non. Le #RoniNb, c’est le R&B que j’ai envie de proposer.