Ino Casablanca : par amour et pour l'exatse

  • Propos recueillis par Lise Lacombe
  • Photographié par TOXINE
  • Date

Dans l’effervescence de la capitale, Ino Casablanca peine encore à s’adapter aux transports parisiens. Le Toulousain tient pourtant à être à l’heure, torturé à l’idée de renvoyer une mauvaise image. Celui qui goûte à peine à la notoriété veut rester lucide par peur de « devenir quelqu’un de mauvais sans s'en rendre compte ». Une crainte légitime tant son nom s’est imposé en seulement quelques mois. Avec la sortie de TAMARA en janvier, puis d’EXTASIA en octobre, Ino Casablanca a frappé fort, infusant une musique fédératrice au moment où la jeunesse aspire désespérément à une bouffée d’air frais. À 25 ans, le rappeur se fait le trait d’union de niches musicales qui ne veulent parfois plus rien avoir à faire ensemble. À l’ère où chacun·e compose algorithmiquement sa playlist, Ino Whitehouse parvient à évaporer toutes les bulles dans un nuage euphorisant. Une délicieuse extase que tout le monde redemande.

Comment vis-tu l’engouement autour de toi en ce moment ?

Je ne me rends pas vraiment compte, mais les concerts m’aident à concrétiser ce qui se passe. EXTASIA est sorti trois ou quatre jours avant la première date de la tournée, et le public connaissait déjà tout par cœur. Pour l’instant, j’ai juste peur d’être la sensation du moment. Est-ce que TAMARA et EXTASIA vont être écoutés pendant plusieurs mois ? J’aimerais beaucoup. En tout cas, les retours me donnent envie de continuer de proposer de la bonne musique.

Avais-tu anticipé qu’EXTASIA serait aussi bien accueilli ?

Pas du tout ! Mon équipe était plus confiante que moi, elle avait plus de recul. Avec la sortie de TAMARA en début d’année, on avait vu qu’un public s’était installé et stabilisé, sans qu’on ait défendu l’EP plus que ça. C’était bon signe, mais tout ce qui se passe aujourd’hui me semblait impossible. Quand j’ai fait EXTASIA, je ne savais pas ce qu’il valait. Avec mes instrumentistes, Nico et Oso [Nicolas Domingues et OSOMEXICO], on pensait même que le projet était nul [rires]. D’habitude, je reçois un retour de mes potes qui ont le lien du projet en avance et là, rien. J’avais l’impression que notre cercle ne trouvait pas ça ouf mais n’osait pas nous le dire. Mon regard a changé le jour du tournage du clip de « DIMA RAVE » à Paris. Il y avait plein d’amis qui n’avaient pas encore écouté et, d’un coup, tout le monde a trouvé ça génial.

Avant cette belle année 2025, ton dernier EP, DEMNA, remontait à 2022. Que s’est-il passé pendant ces trois années de creux ?

Il y a eu beaucoup de remous dans ma vie personnelle. À ce moment-là, j’ai touché à des questions auxquelles je réfléchis depuis mon adolescence et jusqu’à maintenant. J’avais besoin de m’aligner au maximum avec moi-même, de retrouver la confiance en moi que les épreuves m’avaient fait perdre. Je me suis isolé et j’ai accepté les émotions qui me venaient. Il était temps d’affronter certains troubles comportementaux et d’arrêter de se mentir.

Ino Casablanca sur une moto levée dans une pièce vide

© Toxine / Mosaïque Magazine

Quels étaient les questionnements qui te tourmentaient ?

À l’âge adulte, certains événements sont remontés à la surface ; en rapport avec l’argent, la vie de famille, ma place en tant qu’homme et mon rapport aux femmes. Il y a des choses qui viennent de l’éducation et des moments qui révèlent certaines insécurités. J’étais très angoissé avec une boule au ventre. Je ne m’appréciais pas assez et j’en ai eu marre de ne pas me sentir bien, donc j’ai voulu m’améliorer en tant que personne. Je continue ce processus jusqu’à maintenant, mais je vais beaucoup mieux. L’enfant qui était enfoui en moi est un peu revenu.

Quel a été le déclic de cette remise en question ?

Une rupture amoureuse et l’arrêt de mes études. Plus jeune, j’ai très vite été livré à moi-même, et j’ai toujours géré ma vie tout seul. J’étais bien entouré avec des potes exceptionnels, mais il y a beaucoup de choses qu’ils ne pouvaient pas comprendre. Je n’ai pas eu une vie qui ressemble à celle des autres. J’ai beaucoup déménagé, j’ai été confronté à la précarité. J’ai vécu en banlieue et en ville, je pouvais autant être avec mon groupe de potes à jouer au football qu’avec des bourgeois de lycées privés au conservatoire. Le fait d’avoir côtoyé différents milieux sociaux provoque aussi l’incompréhension. En grandissant, je me suis rendu compte que les gens me percevaient à travers ça. Maintenant que je suis médiatisé, je vois que saisir qui je suis est difficile.

As-tu le sentiment que les médias ou le public essaient de te cantonner dans une case ?

Dans ma vie, on n’a jamais su me cerner et on a toujours tenté de me résumer à quelque chose. Certains veulent me faire passer pour quelqu’un qui crée de la musique d’intellectuel, alors que pas du tout. Je n’ai pas envie d’être pris pour l’Arabe de service ni pour un bobo. C’est un peu français de chercher à classer socialement les gens. En Espagne ou aux États-Unis, ils n’en ont rien à faire. Je souhaite juste incarner celui que je suis. C’est mon travail de me faire comprendre et j’y arriverai avec le temps.

Ino Casablanca dans un veste jaune dos au mur face caméra

© Toxine / Mosaïque Magazine

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