De la Sexion d’Assaut à Shotgun, la destinée musicale d'Axel Malka

  • Propos recueillis par Thibaud Hue
  • Date

Enfant des années 1990, Axel Malka fait partie de celles et ceux dont la musique a tracé la trajectoire. Ce passionné de rap du 91 a tout fait pour travailler auprès de ses artistes préféré·es et révéler de nouveaux talents. Et c’est en croisant la route du Wati B, en 2009, que son rêve va prendre vie. Sexion d’Assaut, GIMS, Black M, Lefa, les tournées mondiales et quatre millions d’albums vendus plus tard, il revient pour « Mosaïque » sur son parcours, de son home studio de Savigny­-sur­-Orge à sa casquette de responsable du rap de la billetterie en ligne Shotgun.

1988 

Savigny-sur-Orge

Je suis né le 20 juin 1988 à Savigny-sur-Orge, dans le 91. Je suis un banlieusard et ça compte ! Je suis loin de Paris, loin de cette mixité culturelle que tu peux vivre dans la capitale, loin de tout ce qui entoure l’industrie musicale. Pour nous, la musique existe surtout à travers ce qu’on écoute entre potes en voiture ou à la maison, pas comme un univers auquel on pouvait accéder. Mon père écoute des artistes nord-africains, ma mère Céline Dion, ma sœur Madonna, et mon grand frère me fait découvrir Queen, Louise Attaque ou Zebda. Moi, je suis à fond dans le rap, je connais par cœur Doc Gynéco, 113 ou le premier Urban Peace. J’ai même des posters de Soprano dans ma chambre.

Axel Malka bébé

2002 • 2006

Le home studio

À 14 ans, je monte un studio chez moi. Noël après Noël, anniversaire après anniversaire, j’achète un micro, une carte son, des enceintes... Je me forme seul sur Internet, sur des forums, pour apprendre les logiciels de musique sur ordinateur comme Cubase. Très vite, tout le quartier vient rapper et enregistrer des morceaux chez moi. Chaque samedi, mes parents me laissent la maison, et je tiens un planning de recording.

Home studio chez Axel Malka

 2005 • 2007

91600 dans les ondes

Internet change tout. Avec Booska-P et Myspace, je suis obsédé par l’idée de découvrir des talents avant tout le monde et de les faire écouter autour de moi. En parallèle de mes sessions à la maison, je rencontre DJ Mirage, un mec très connecté qui sort des mixtapes et les distribue à Châtelet. Je lui parle de mes contacts avec de jeunes rappeurs et on monte une mixtape, Fresque Urbaine, avec Sinik ou Keny Arkana, mais également des gars de ma ville. Je veux que ceux qui traînent autour de moi deviennent aussi connus que mes rappeurs préférés. Finalement, personne ne perce vraiment et je produis, sous le nom d’Eskiss, une dernière mixtape au lycée, 91600 dans les ondes, en réunissant tous les artistes de ma ville. Après ça, j’arrête le home studio.

91600 sur les ondes pochette

 2007 • 2009

 Le centre de formation Because

Grâce à mon frère, j’envoie ma candidature à Because. Franck Boga, le directeur artistique des éditions, manager et producteur de Vitaa, ancien de chez Hostile, m’accueille et me prend sous son aile. Because est précurseur sur le rap, et son équipe est composée de pointures : Stéphane Ndjigui, Alexis Puterflam, Karim Deneyer, Anthony Cheylan, Emmanuel de Buretel et Michel Duval. Ils me font découvrir l’industrie musicale, le métier d’éditeur... Je croise Despo Rutti, Seth Gueko, Sefyu, Médine, Keny Arkana, je bosse avec Stromae, Tefa et Masta, Therapy, Street Fabulous ou Tyran. J’apprends petit à petit le business et je connais la musique par cœur. Je veux me faire remarquer comme ça.

Axel Malka chez Because avec une chemise bleue

 2009

Rencontre avec la Sexion d’Assaut

Au bout d’un mois de stage, je tombe sur un freestyle de GIMS, « À 30 % », sur le site de Booska-P. Je dis à Franck : « Ce mec est trop fort, il faut le signer. » Et tout part de là. Dawala, le producteur, vient nous rencontrer et on file dans le 93 pour lancer L’écrasement de Tête, le deuxième projet du groupe. La première écoute est un choc. Quand tu aimes le rap, tu pètes un câble. Ils sont très sûrs d’eux, ils savent exactement où aller, et ils s’imaginent déjà disque d’or. Finalement, Dawala signe un contrat de distribution avec Wati B chez Because et me prend d’affection. Je deviens son point d’ancrage dans la maison de disques.

Axel Malka et la Sexion d'Assaut

 2009

Le premier boom

De mon côté, je fais écouter la Sexion partout. Je vois des stars en eux. C’est aussi un coup de cœur humain. GIMS habite à Barbès, à côté de nos bureaux, et vient souvent me voir au label. Avant la sortie de L’écrasement de Tête, je dis à Because de prévoir un gros stock de CD. On ne m’écoute pas, et résultat : sur les 3 000 pressés, 1 800 sont vendus en première semaine ! La fraîcheur du groupe, ses concepts sur Internet, les refrains chantés, l’envahissement de Châtelet, la tournée de SMAC... tout est là pour que le succès soit immense. Mon stage se termine, Because ne me propose pas de CDI, et je rejoins Wati B comme chef de projet du label et bras droit de Dawala. Je continue le travail et je suis à la fabrication de L’école des points vitaux. En studio, je les vois rapper « Wati by Night », « Casquette à l’envers », et enregistrer tout l’album.

Axel Malka et Black M sur le tournage de Wati by Night

2010

Le succès et la polémique

Quand « Désolé » sort, c’est un raz de marée. On passe de rien à tout, et le monde s’intéresse à nous ! 50 Cent passe à Paris et veut nous rencontrer, on entre en rotation sur NRJ, les ventes de disques reprennent, les labels recommencent à signer du rap, ça a redonné un élan... On est au top du top, et mon rêve de gosse se réalise. Sauf que la polémique autour de l’homophobie arrive dès le premier jour d’interview. Le groupe du moment qui fait une bêtise sur un sujet hyper-important, ça ne pardonne pas. Boycott, tournée de Zénith annulée... Mais on se bat. On reconstruit avec la musique, une tournée de rencontres avec des associations LGBT et un concert à l’Élysée-Montmartre pour reverser des fonds à une association.

Photo de Axel Malka avec Maître GIMS

2012

À l’apogée

Avec L’Apogée, la machine finit par repartir. 60 000 ventes en première semaine, des Zénith, deux Bercy et deux NRJ Music Awards. C’est le moment de lancer de nouvelles carrières au sein de Wati B : The Shin Sekaï avec Dadju et Abou Tall, Charly Bell, L’Institut, Lynda, les compilations, les chroniques du Wati B... Je m’occupe de tout le monde en tant que chef de projet du label et je suis la tournée. Certaines années, je fais huit ou neuf covers avec Fifou tellement on a d’actualités en même temps !

Wati B en voyage en Afrique

 2013 • 2014

Le tsunami GIMS

Les membres de la Sexion décident que le prochain album sera un projet solo, et que ce sera celui de GIMS, Subliminal. Il me demande de l’accompagner sur la conception, et là, je prends une claque, notamment en écoutant « J’me tire » et « Bella ». Sony veut qu’on sorte plutôt un feat avec Pitbull, mais on refuse pour défendre « Bella », un morceau de pop-rap comme on n’en a encore jamais entendu. Sur le coup, ils ne comprennent pas, mais la sortie est une révolution. L’album est diffusé, et c’est un nouveau carton. Ensuite, j’enchaîne avec celui de Black M. On dépasse le million de ventes, « Sur ma route » explose tout... Mais à force, je m’épuise.

Des disque d'or de la Sexion d'Assaut

 2014

Le burn-out

Début 2014, je perds ma grand-mère. C’est le premier décès que je vis dans ma famille, un bouleversement. Je continue de travailler et, quelque temps plus tard, je prends conscience qu’elle est vraiment partie. Trois mois après, je fais un burn-out. Il y a trop de pression, trop d’enjeux, un rythme trop intense, et je le vis mal. Je disparais ensuite pendant plusieurs mois, je coupe tout. Pour la première fois, mon corps me dit stop. J’avais besoin de souffler et d’encaisser.

2014 • 2020

Sur la route avec Black M

Je reviens à la fin de l’été 2014 en me concentrant sur mon rôle de manager auprès de Black M et j’arrête mes missions au sein de Wati B. La nouvelle est un peu dure pour Dawala, qui m’a formé, mais il comprend mon envie de changement et d’apprendre le management. On fait le tour de la planète : plus de 150 dates, les Jeux olympiques au Brésil, la Coupe du monde en Russie, un featuring avec Shakira, des moments inoubliables en tournée et des souvenirs gravés pour toujours. Entre nous, il y a une alchimie plus forte que la musique. Mais petit à petit, le marché change. Le streaming arrive, et on rate un virage face à Damso, Jul ou PNL. Le succès est moins massif, et le Covid tombe.

Axel Malka et Black M

 2020 • 2021

Seul et sans repères

En sortant du confinement, je suis arrivé au bout d’un cycle. J’explique à Black M que je n’ai plus assez de niaque, et j’arrête le management. Et là, silence. Plus de business, très peu d’appels, plus de rôle, plus de statut et plus d’adrénaline. Du jour au lendemain, je ne représente plus rien dans la musique. J’ai construit toute mon identité autour de ça, alors je me retrouve seul, sans repères. C’est une période difficile pendant laquelle je me laisse aller, d’autant plus que le confinement nous empêche de sortir. Je me sens fatigué, je me penche sur d’autres sujets comme les NFT, et je prends du temps pour moi.

Axel Malka avec la Sexion d'Assaut

2022 

« Un soir, je me réveille en criant »

En avril, la plateforme de cartes de rap numériques Yadeck me propose un poste. Mon rôle est de convaincre les rappeurs d’apparaître dans le jeu, notamment ceux qui vont exploser. Et le 4 juillet 2022, à 5 h du matin, tout bascule. Je fais un infarctus à 34 ans. Le résultat d’une mauvaise hygiène de vie et de la fatigue accumulée. Depuis toujours, je mange mal entre deux concerts, je bois du Coca, je fume, je ne pratique pas de sport et je suis très stressé. Un matin, je me réveille en criant. Heureusement, ma femme est là pour prévenir les pompiers qui arrivent sur place en seulement dix minutes. Ils me transportent à l’hôpital, je survis mais je suis à deux doigts d’y rester. On m’installe un défibrillateur sous la peau pour compenser la partie de mon cœur qui ne battra plus. On me dit que si je continue mes efforts, je peux vivre longtemps. Aujourd’hui, chaque jour, je fais une heure de sport et je prends neuf médicaments. Je vois la vie différemment.

2024 • 2025 

Shotgun

Début 2024, je rencontre les gars de Shotgun. La plateforme touche déjà le milieu du club et de l’électro, et veut s’ouvrir au rap. La mission me parle immédiatement parce que j’aurais rêvé d’avoir cet outil plus tôt. Avec Shotgun, que tu sois artiste, label ou tourneur, tu peux lancer ta billetterie, accéder aux datas de ton public et lui proposer des produits dérivés. Ce qui m’a marqué, c’est l’impact réel qu’on peut avoir sur une carrière. On permet aux artistes de comprendre qui sont leurs fans, de les engager et de créer une relation directe avec eux. Accompagner un artiste comme Jolagreen23 depuis des petites salles jusqu’à un Zénith sold-out, en structurant sa montée en puissance, c’est hyper-concret. Pareil quand tu participes à une tournée avec Theodora, Rilès ou L2B. Tu vois directement l’effet de l’outil, grâce aux données de Shotgun, sur la fanbase des artistes. Aujourd’hui, si je suis Head of Hip-Hop de l’entreprise, c’est pour faire le lien entre la plateforme et la culture rap, qui a toujours été très indépendante et entrepreneuriale.

2026 

Les Flammes et Yardland

Cette année est un virage pour nous. Je voulais que Shotgun se positionne comme une marque forte du secteur, notamment en devenant la billetterie officielle des Flammes. Pour la quatrième édition à la Seine musicale, le 23 avril, on s’est associé avec un bel espace, où les 2 000 professionnels du milieu invités pouvaient se réunir et se rencontrer. Les 3, 4 et 5 juillet, on sera aussi à Yardland pour qui on a déjà vendu 40 000 places en quarante-huit heures pour cette édition. Nous avons mis à disposition des outils au festival pour qu’il touche le mieux possible son public, le succès est dingue !

Axel Malka et sa femme aux Flammes 2026

La suite...

L’avenir ? Continuer d’apprendre au sein de cette boîte tech et live et garder toujours un pied dans la musique. Je travaille avec deux compositeurs : James BKS – aux côtés de Grown Kid –, et Jo A Touch. Ça me permet de rester connecté au terrain et aux artistes que j’accompagne. Je veux également prendre le temps de savourer pleinement cette vie, ce métier et ces années qui m’ont énormément appris et ont forgé ma détermination. Être manager était une sacrée école de la vie, et je remercie chaque personne que j’ai croisée sur ma route. Prendre le temps aussi pour ceux qui m’ont aidé, soutenu et ont contribué à faire de moi celui que je suis aujourd’hui. Je commence également à m’exprimer parce que l’heure de la transmission est venue. Je le fais pour que les jeunes dans la musique ne commettent pas les mêmes erreurs que moi et pensent à leur corps en priorité. Et puis il y a la famille avant tout, la santé des miens, ma femme Lisa, mon petit garçon Lenny qui a 2 ans, et notre deuxième enfant qui arrive ! 

Retrouve cet article dans le numéro 14 de Mosaïque N°14 - PACK OR Découvrir