Comment as-tu commencé le rap ?
J’en ai toujours beaucoup écouté, et je suis vraiment tombée dedans au moment où j’ai découvert Nicki Minaj. J’ai souvent voulu me lancer sans oser sauter le pas. Un jour, je suis partie au studio toute seule, j’ai commencé à écrire et ça rendait bien ! Dès le deuxième morceau enregistré, je l’ai sorti sur les plateformes en 2024.
Dans quelles musiques as-tu baigné ?
Mon frère écoutait surtout du rap français comme Kalif Hardcore et du rap américain comme 50 Cent. Ma sœur, c’était plutôt du R&B : Monsieur Nov, Destiny’s Child… Et mon père aimait la variété française et le raï.
Ton entourage est-il un soutien dans ta carrière ?
Ils pensent que c’est mon délire du moment [rires]. Quand je fais des concerts, j’envoie des vidéos à ma mère et elle est grave contente, mais ça reste un combat de l’assumer. Chez moi, tout est tabou, et faire du rap en tant que femme n’est pas évident, ce n’est pas très bien vu. Je me suis longtemps demandé si je devais me plier à ce que les gens attendaient de moi, ou si je devais écouter ce qu’il y a au fond de moi. La musique m’a donné la parole, parce qu’avant, j’étais très sauvage à cause de certains traumas, notamment familiaux et amoureux. Le rap est devenu ma thérapie.

© Inès Chable / Mosaïque Magazine
Quel a été le déclic pour assumer pleinement ton envie de faire de la musique ?
J’en avais beaucoup sur le cœur. Dans mes textes, je parle d’amour et d’argent, parce que je n’ai pas d’argent, et parce que je n’aime pas les hommes [rires]. Avant, je me pliais à eux, à ce qu’ils voulaient que je sois. Maintenant, je n’en ai plus rien à foutre de leur plaire. Cela dit, je n’ai pas envie de transmettre uniquement de la misandrie, parce qu’au fond, je suis quand même une amoureuse de l’amour.
Avant la musique, que faisais-tu ?
J’ai fait des jobs à droite à gauche, comme assistante-styliste. Mais c’est un travail dur ! Il faut sucer des marques que tu n’aimes même pas, porter des sacs lourds tout le temps… Ensuite, j’ai été fleuriste pendant deux ans en arrivant à Paris. Puis, je suis allée à Montréal pendant mon chômage, j’ai ouvert une friperie avec des copines, j’ai fait de la photo, et j’ai même eu une marque de vêtement : max32fleche. Je faisais des caleçons et des tee-shirts. Ça partait plutôt bien.
Ton nom d’artiste vient de là ?
Oui ! Avant, j’étais souvent dans ma voiture, et le volume du son n’allait pas au-delà de 32. Alors je disais tout le temps : « C’est max 32 ! » Ensuite, je me suis appelée @hhnina32 sur Instagram et j’ai gardé 32 pour la scène. Il faut aussi préciser qu’à Montpellier, j’habitais au 32.

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Quand est-ce que le rap est devenu sérieux pour toi ?
Quand j’ai sorti mon premier son, j’ai rencontré le compositeur birdschipinn. Il m’a envoyé plusieurs prods, j’ai posé dessus et on est partis chez lui pour enregistrer. Finalement, on a fait un projet et on a continué à bosser ensemble. Depuis, il est devenu mon manager et producteur. J’ai commencé à avoir de vrais retours à partir de « RENTA ».
Cette année, il y a aussi eu ce featuring avec Jäde, « SEXY MODE ». Comment s’est faite la connexion ?
J’écoutais déjà ses morceaux et je la connaissais bien. Elle m’avait remarquée après un TikTok que j’avais fait dans un garage. Elle m’a mise en story, puis on a commencé à se parler et on a fini par faire ce son ensemble. Le clip a bien tourné.
Comment as-tu réalisé ton EP HNINA MONTANA, qui figure en septième place de notre classement de fin d’année ?
J’ai fait trois sons qui collaient bien ensemble, dans l’esprit trap que je voulais. J’écris vite, généralement chez moi. Je ne sais pas si j’écris bien parce que je ne parle pas très bien, mais j’y fais attention et je ne veux surtout pas dire n’importe quoi. La cover a été faite par ma copine, grandefille.png. En tout cas, je souhaite faire des projets dont je suis fière sur le long terme. Par exemple, mon EP Les Anges va bien vieillir dans le temps, je crois.
Tu es plutôt Tony ou Hannah Montana ?
Les deux ! Déjà, il faut savoir que j'ai baigné dans Disney Channel, donc j’étais fan d’Hannah Montana, j’avais les posters et tout chez moi. À cette époque, je ne me souviens pas vouloir faire de musique, mais en relisant un agenda que j’ai retrouvé, j’avais écrit que je voulais être « chanteuse » et « styliste ». Je crois que j’ai fait presque tout ce que je voulais, sauf hôtesse de l’air !

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Et pourquoi cette référence à Madame Claude, la proxénète française ?
Je l’ai découverte dans un documentaire sur YouTube. Elle m’a parlé parce qu’elle dominait dans une activité d’habitude réservée aux hommes. Même si elle était un peu vilaine, ce qu’elle a fait pour certaines femmes est important. J’ai aussi côtoyé des gens qui étaient dans ce milieu. Mais je ne suis pas proxénète [rires] !
Quelles sont les femmes qui t’ont inspirée dans cette affirmation de soi ?
Lisa Bouteldja a été importante. Elle était la Hannah Montana des rebeus. Trop classe. Lorsqu’elle a parlé de « beurettocratie », ça m’a marquée. Pour moi, « beurette » est un mot péjoratif pour insulter les femmes un peu ouvertes. Donc l’utiliser est une démarche de réappropriation, avec l’idée de s’en foutre, de ne pas avoir honte et de ne plus se cacher en se demandant ce que les hommes vont penser. C’est être une bad bitch rebeu ! Je pense aussi à Cheba Warda, une artiste algérienne raï, qui m’a inspirée. C’est elle sur ma photo de profil Instagram. Elle est extra et elle s’en bat les couilles, une vraie diva.
À quoi ressemblera 2026 pour 32 ?
Je prépare un vrai projet. J’espère qu’il sortira en début d’année. J’ai aussi prévu de faire une mixtape avec des remixs club de mes sons, hostée par ma DJ encoreuneautre où il y aura un casting folklorique ! J’ai trop hâte.