E-TRAP, new bouyon... Quand les artistes inventent leur propre genre

  • Écrit par Alex Dizko
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Trap, trap’n’b (ou trapsoul), cloud rap, drill, jersey drill, hyperpop, rumba congolaise, bouyon… depuis une dizaine d’années, le rap français et le R&B se mélangent à ­d’autres genres pour créer de nouveaux styles et des sonorités différentes. Et la tendance s’accélère depuis le début de la décennie 2020 avec des artistes qui n’hésitent plus à nommer eux-mêmes leur musique : Tayc avec l’« Afro love », Tiakola avec sa « mélo » mais aussi plus récemment Genezio avec sa « bounce music » ou encore Fallon avec le « RnBouyon ». « Mosaïque » a rencontré quelques-un·es de ces avant-gardistes (et leurs équipes) pour mieux comprendre le phénomène.

E-TRAP. À l’origine, ce nom n’est que le titre donné à la première mixtape de TH sortie le 7 juin 2024. Mais pour le rappeur bondynois, le choix est loin d’être anodin. « Un soir, lors d’une discussion, TH me disait que sa musique n’était pas seulement du rap ni de la trap mais un nouveau genre plus électronique, raconte Farid Bourimech, fondateur de Noviceland, le label de l’artiste. Je lui ai donc suggéré de l’appeler “e-trap”. Il a tout de suite aimé le terme et se l’est approprié, car il trouvait que ça collait bien et que ça permettait de l’identifier. » Mais dans la forme, qu’est-ce qui différencie l’e-trap de la trap que l’on connaissait jusqu’alors ? « C’est une version plus électronique grâce à l’ajout de plusieurs effets dans les prods comme des bugs, des glitchs, de la reverb ou du delay, en plus de la basse 808 qui reste la base de la trap », définit Ameen Beats, beatmaker de Noviceland et architecte de cette nouvelle sonorité.

Selon Farid Bourimech, la trap crapuleuse et spontanée de TH comble avant tout un manque dans le rap français : « Entre 2012 et 2013, j’ai eu la chance de voir la conception de l’album Futur de Booba puis celle d’Or Noir de Kaaris. Malheureusement, je n’ai plus jamais retrouvé cette énergie-là pendant les années qui ont suivi. Depuis, je me bats pour la faire revivre à travers notre musique. Quand tu écoutes TH, tu ressens cet héritage. »

Éviter le piège de la « new wave »

Nommer sa propre musique permet ainsi d’affirmer sa sensibilité et de créer des déclinaisons différentes du rap. La démarche répond aussi à un besoin de singularisation. Selon le journaliste Raphaël Da Cruz (Abcdr du son, Monte le son…), « le rap a connu tellement d'hybridations ces dix dernières années qu'il est devenu un grand chapeau où tout est catégorisé "rap" ».

TH rappeur assis dans l'ombre

© yde.rz

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